juliendemangeat

Accatone
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Publié le 25 mars 2016
D’une beauté saisissante le dernier HHH n’en n’est pas moins extrêmement volatile. Peut-être parce que ce formalisme gagnant, emportant tout sur son passage, n’arrive néanmoins pas à prendre le dessus sur cette intrigue inutilement compliquée. Si c’est un pari théorique de HHH de jouer sur l’abstraction des faits pour valoriser sa mise en scène c’est partiellement raté. Justement parce que cette narration toujours en décalage nous obsède et nous éloigne de l’image (on ne cesse de nous parler de ce qui se passe ailleurs ou avant). Comme si ce grand esthète ne faisait plus assez confiance à la force de ses propres images. Reste un film dont le formalisme assumé nous plonge dans cette indicible langueur propre aux films de HHH.

Publié le 27 février 2016
A la fois didactique et percutant TBS est un modèle d’efficacité. La tâche n’était pas facile : expliquer les mécanismes compliqués de la crise financière tout en restant dans le registre de la comédie grinçante. Le film repose sur une direction d’acteur débridée qui permet de donner à la lucidité ce visage si particulier de la folie éclairée. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, tous ceux qui savent sont des caractériels clairement décalés par rapport au commun du milieu, pétri de certitudes et s’abandonnant à un optimisme béat. L’autre élément parfaitement maitrisé du film est sa temporalité, car tout le film est tendu vers le moment ou la crise va éclater quand sonne la fin de la supercherie. Un des témoignages les plus aigus sur les pulsions autodestructrices de l’Amérique capitaliste.

Publié le 27 février 2016
A la vue de son dernier essai on ne peut mettre en doute la sincérité de Bouli Lanners mais à travers celle-ci transpire une certaine naïveté. Son humanisme prend peu à peu le dessus jusqu’à être en porte-à faux avec son ambition première qui est clairement le thriller apocalyptique. Ainsi on croit difficilement à Dupontel quand il regarde passivement sa voiture se faire massacrer. Les scènes édifiantes de ce genre se multiplient jusqu’à figer totalement la mise en scène. Et à donner à l’ensemble ce sentiment d’artifice tant le manque de cohérence finit par être la vraie signature de ce film un rien fantasmé.

Publié le 31 janvier 2016
Pour ces deux derniers films T.Haynes est souvent comparé aux deux maitres du mélo hollywoodien, Sirk et Minelli. C’est plus que justice mais Haynes a incontestablement quelque chose en plus que ces deux faiseurs de rêve. Tout d’abord un regard profondément critique sur cette haute société newyorkaise, que Carol ne supporte plus, dont la bêtise et le matérialisme font clairement échos à notre époque. Et une grande lucidité sur l’isolement de ceux, celles en l’occurrence, qui fuient cette société fermée sur elle-même et dominée par un patriarcat complètement éculée. Le film se réchauffe soudainement quand Carol sort de son carcan et l’on est alors submergé par l’émotion portée par ces deux personnages tout entier dans leur fragilité : celle de la passion vécue. La force de ce film est qu’il n’est pas un manifeste bruyant de l’anticonformisme mais plutôt celui, subtil, d’une vie choisie. Cette émotion qui nous soulève n’est pas uniquement celle de la passion amoureuse mais celle d’une révélation : c’est le désir de liberté qui fait de nous des êtres vivants.

Publié le 9 décembre 2015
Un Moretti à multiples facettes. Très intimiste il y parle de sa vision de cinéaste et de sa vie personnelle. C’est aussi une étude de caractère, le sien en l’occurrence qui semble se dessiner sous le portrait de sa sœur (simplement splendide). S’opère un subtil mélange de lucidité et d’humanité. En peu de mots et en quelques cadrages simples et bien sentis le film devient subitement émouvant, toujours de façon pudique et élégante. Puis un dédoublement se fait sur le modèle de l’acteur mégalo dont on ne sait plus très bien quand il joue et quand il est lui-même. Il ne le sait sans doute pas vraiment lui-même et c’est peut-être le thème enfoui de ce film à la beauté sereine: une perte de soi-même, un isolement à force d’abnégation et d’obsession. Et derrière tout cela une vérité politique/philosophique tenace, un retour à la réalité s’impose.

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