juliendemangeat

Accatone
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Publié le 5 mars 2010
Si on peut saluer l’audace de ce coup d’essai, Single man semble quelque peu pâtir de son esthétisme qu’il ne parvient pas à dépasser. C’est d’autant plus décevant que plutôt que de devenir un pur objet formel ou le formalisme deviendrait en quelque sorte l’objet du film, on se retrouve en face d’une belle histoire fort bien interprétée mais ou l’obsession esthétique semble cadenasser le film. Et ceci jusqu’à la direction d’acteur. En effet les personnages semblent pleinement appartenir à ce désir de beauté, si bien qu’ils restent étrangement évanescents et incapables de sortir d’une imagerie trop présente. D’où une impression de monotonie et une langueur, pas désagréable cependant.

Publié le 2 mars 2010
Vincere est avant tout le portrait prégnant d’une femme passionnée, abandonnée par un homme tout à son destin, Mussolini. Délaissée par cet homme qui n’a pas su reconnaître cette passion amoureuse, elle sombrera dans l’isolement et la folie, ainsi que leur fils commun. Cette descente aux enfers est habillement mise en parallèle avec l’ascension de Mussolini, soulignant la trahison de celui-ci et son inconséquence (en renouant avec l’église il trahie ses propres opinions). Trahison qui est aussi celle de tout un peuple, abusé par une mégalomanie qui frise la folie. Cette ivresse du pouvoir se révèle particulièrement cruelle lors de l’imitation du Duce par son fils dans une scène d’un pathétique intense, point culminant du film. Alliant sobriété et baroque, dépassant la fresque historique pour transcender son sujet autour d’un portrait hors norme, il délivre un film à la fois troublant et puissant, traduisant l’état d’esprit de son héroïne. Ainsi, dans son tourment, elle gardera une détermination sans faille à l’image de la passion qui l’anime. Giovanna Mezzogiorno dessine un personnage entièrement habité par sa passion, fidèle à ses sentiments et donc à elle-même. Cette unité de caractère lui donne une force rarement vue à l’écran, surtout avec une telle authenticité. Divinement belle dans la détresse, n’étant jamais dans le sur-jeu ou la démonstration stérile, elle s’offre à notre regard avec générosité, toujours magnifiée par une lumière franche parfois à la limite de l’expressionisme. De surcroit Bellochio sait faire preuve de beaucoup de tact notamment dans la scène d’amour initiale, tout simplement splendide de simplicité et d’efficacité (l’abandon magnifique de l’amante dans les bras de son bel indifférent).

Publié le 23 septembre 2009
Tarentino confirme qu’il est toujours autant en verve. Une fois de plus c’est l’orchestration du discours qui donne le tempo de scènes jouant un crescendo jouissif jusqu’à un final explosif et libérateur. Cependant, on a changé de registre. A des discussions volontairement légères s’est substituée une implacable rhétorique de la domination, pratiquée systématiquement par les nazis. Rarement une position de force avait été révélée dans une si parfaite ignominie. Et pourtant Tarentino arrive à nous amuser avec cette abjecte perversité. Le jeu exacerbé des acteurs, entre fausse légèreté et véhémence assumée donne aux scènes clé toute leur intensité (on est plus que jamais dans l’instant). Tarentino joue avec nos nerfs en même temps qu’il fait monter la pression jusqu’à ce que le maître du jeu déclare qu’on ne joue plus : la tuerie qui clôt la conversation, plus qu’un symbole est un véritable soulagement. Enfin, Tarentino sait jouer avec nos fantasmes. Celui d’anéantir toute l’Allemagne Nazie d’un seul coup ne pouvait prendre corps que dans un délire filmique aussi maîtrisé.

Publié le 20 septembre 2009
Johnny Mad Dog est le portrait saisissant d’enfants soldats dont l’inconscience totale en fait de redoutables guerriers malgré leur jeunesse. Ils ne sont rien d’autres que des soldats et s’expriment ainsi constamment avec une extrême violence. C’est principalement ce rapport de force avec des populations sans défense et incrédule qui révèle cette amoralité totale dans laquelle ils vivent. L’arbitraire du pouvoir a rarement été aussi bien montré. Grâce à sa caméra insistante J-S Sauvaire arrive à rendre l’outrance des ces situations très crédibles tout en gardant à bonne distance critique ces tueurs fous qu’on a du mal à considérer comme des personnages à part entière tant ils ne s’appartiennent plus.

Publié le 11 septembre 2009
A travers le mythe de Dilinger, Mann revisite une période charnière des Etats-Unis. C’est encore le temps des hold-up sauvages (filmés avec une remarquable efficacité), qui vont générer une riposte organisée et sophistiquée. La fin d’un monde archaïque, mis à mort par une police déterminée et violente. D’un côté un personnage instinctif, entier, ne suivant que ses propres règles et vivant au présent avec une belle assurance (belle scène ou J.Deep décide du sort de son acolyte en deux secondes en le jetant hors de voiture). C’est une figure romantique et populaire par le choix de vie insouciante et libertaire qu’il représente. En face, un monde qui s’organise, se modernise justement pour éradiquer ce genre d’individus incontrôlables (la charge politique contre un monde déshumanisé et totalement sous contrôle est manifeste). Avec des hommes froids et déterminés, dans un excès qu’ils ne contrôlent pas toujours. C’est justement ce point de basculement qui interpelle : dans cette quête effrénée du résultat, il n’y a plus de place pour des états d’âme. Cette ambiguïté entre devoir et conscience est parfaitement rendue par C.Bale. C’est dans ce contexte que Mann nous propose un film d’action pur jus, à la fois romantique et violent (les scènes de tuerie sont aussi spectaculaires que brutales). Jamais maîtres de leur destin, les héros, avec un jeu sobre et plutôt intériorisé, n’en sont que plus bouleversants. A ce titre, M.Cotillard nous montre une fragilité rare dans un cinéma qui impressionne par sa dureté.

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