À perdre la raison
Réalisateur:
Synopsis :
Murielle et Mounir s’aiment passionnément. Depuis son enfance, le jeune homme vit chez le Docteur Pinget, qui lui assure une vie matérielle aisée. Quand Mounir et Murielle décident de se marier et d’avoir des enfants, la dépendance du couple envers le médecin devient excessive. Murielle se retrouve alors enfermée dans un climat affectif irrespirable, ce qui mène insidieusement la famille vers une issue tragique...
Actualités du film À perdre la raison
Le Semaine de la Critique vue par Victor B., membre du tout nouveau "Jury Révélation"
VictorB fait partie des quatre jeunes jurés qui récompenseront l’un des sept longs métrages en compétition de La Semaine de la Critique et nous donne chaque jour ses impressions.
"À perdre la raison", le film sur l'affaire Lhermitte qui va faire le buzz à Cannes - Entretien
Le réalisateur nie toute volonté de polémique et explique pourquoi il n’a pas rencontré les protagonistes de l’affaire Lhermitte
Avis des internautes du film À perdre la raison
Publié le 7 juin 2012
Un bon film qui malgré quelques longueurs et un certain classicisme dans la mise en scène nous frappe en plein coeur... L'escalade du drame est très bien construite et analysée avec intelligence. Bouleversant.
Publié le 3 juin 2012
L'affaire Lhermitte n'est que le point de départ, le prétexte de ce film, qui est d'abord et avant tout fondamentalement un film de Joachim Lafosse. Le réalisateur y traite en effet un sujet qu'il avait déjà exploré dans Nue Propriété ou Folie privée : celui du huis clos familial étouffant jusqu'à la folie, jusqu'à la violence. Les acteurs sont tous d'une grande crédibilité et la mise en scène, sobre et efficace, fait de ce film un passionnant moment de cinéma.
Publié le 2 juin 2012
Je suis déçue de ce film et je ne comprends pas très bien la récompense décernée à Emilie Dequenne, je préfère de loin l'interprètation de Marion Cotillard dans "de rouille et d'os", un rôle beaucoup plus fort.
Publié le 1 juin 2012
Il reste décidément une frange psychorigide de la critique de cinéma en Belgique, obnubilée par le sujet et souvent incapable de voir au delà de lui les qualités proprement cinématographiques d'un film, déchiffrer le langage et les sujets d'un auteur derrière leur anecdote de façade. A lire la communication (il ne s'agit pas vraiment de parler du film...) publiée sur A Perdre La Raison avant sa présentation à Un Certain Regard, il semblerait que l'horizon de ces journalistes se limite à la rubrique des faits-divers. La réception clivée du film : tiède et méfiante pour les Belges, unanimement positive à Cannes pour le reste du monde, aurait pu en laisser plus d'un perplexe. Nous n'aurons droit qu'à un changement express de fusil d'épaule. Que discuter en effet ? Lafosse creuse un sillon qui n'appartient qu'à lui, aboutant tragédie antique et réalisme sociétal contemporain et poursuit des thèmes et motifs, qui au-delà de la simple signature d'auteur, tiennent d'une introspection à distance qui ne peut laisser insensible. Lafosse semble même craindre ici tout effet de mise en scène qui marquerait trop son empreinte : il brade quelque peu son esthétique de plans-séquences fermes et tendus pour la plus déliée des caméras épaules, qui évoque une frange peu originale du drame français standard. Mais cette réserve passée, en devançant les reproches absurdes de la critique concernant la « novellisation » en fiction d'un fait divers bien réel (eux-mêmes devancés par un carton au générique), il faut remarquer que Joachim Lafosse trouve là une marge où entrer dans le drame public pour l'amener à une dimension intime vertigineuse. Le voici qui tire sur son territoire des préoccupations particulières et quelques motifs récurrents : le rituel du repas où se distribuent les rapports de force, où on semble toujours cannibaliser les plus faibles, la prolifération et la claustrophobie dans les espaces domestiques, le trafic d'influence d'un aîné sur un plus jeune, la répétition assimilée à une aliénation de l'individu, etc. L'auteur y devient au passage aussi réputé comme celui de quelques grandes figures de méchants du cinéma belge : Niels Arestrup donne ici une stature presque irréelle, hitchcockienne à ce docteur raffiné qui précipite le drame et brûle les autres en pavant leur chemin de bonnes intentions. Nimber d'une zone opaque chaque geste de ce personnage s'avère non seulement une décision cruciale qui renvoie les détracteurs du film à leurs fausses polémiques, mais qui jette un trouble sur la signification du moindre mot, du moindre mouvement, qui détruit toute forme de connivence facile avec le spectateur pour poursuivre une ambivalence qui fait résonner longtemps les paroles en suspens. Les questions morales du réalisateur d'Élève Libre sont d'autant plus profondes qu'elles recoupent au fond des questions de cinéma : où s'arrête et où commence le montrable et l'immontrable (le hors-champ), comment activer des « effets de réels » pour les réutiliser différemment plus tard, comment faire exister par l'absence la transition entre deux états émotionnels ou physiques (l'ellipse). A Perdre la Raison pourrait aussi se regarder, sa finale exceptée, comme une comédie très (très) noire, et l'humour n'en est d'ailleurs jamais absent, jusqu'à l'extrême d'un plan-séquence en voiture sur fond de Julien Clerc qui achève d'en plaquer l'interprétation. Émilie Dequenne y trouve (et de loin) son meilleur rôle depuis Rosetta, justement récompensé par le jury présidé par Tim Roth. C'est avec cette esthétique de l'allusion, ces équations simples qui semblent mener vers une issue fatidique comme poussées par une logique irrépressible, cette éthique de la narration que Lafosse fait œuvre de cinéma : il s'approprie la vérité des faits pour la transférer dans une vérité des êtres.
Doryan