Dr. Akagi - kanzo sensei

Origines:
  • France
  • Japon
Genre:
  • Drame
Public: Tout public
Année de production: 1998
Date de sortie: 20/01/1999
Durée: 2h08
Synopsis : Hommage au donguichottisme et à la folie keatonienne de l'anonyme Dr Foie. Le Japon, en 1945, à la veille de la reddition. Canotier sur la tête et trousse à la main, le docteur Akagi cavale à travers les rues du village où il exerce, pour soulager ses patients presque tous atteints d'hépatite. On le surnomme d'ailleurs ironiquement «Docteur Foie» car les gens le croient victime d'une idée fixe. Mais l'évidence éclate bientôt: une épidémie menace bel et bien le Japon. Le docteur entame des recherches, aidé par un bonze buveur et débauché, un chirurgien morphinomane et nihiliste, une tenancière de bordel et une jeune prostituée qui lui sert d'assistante.
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Avis des internautesdu film Dr. Akagi - kanzo sensei

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  • 1
Publié le 15 juin 2011
Kanzo Sensei (1998) est peut-être le chef d'œuvre d'une filmographie qui ne comporte presque que des longs-métrages mémorables depuis les années 80 et un projet vieux de vingt ans que sa seconde Palme d'Or remportée l'année précédente lui permet de finalement réaliser. Imamura réactive sa figure du village/communauté unie contre l'adversité, de La Ballade de Narayama qu'il poursuivra dans L'Anguille et De L'Eau Tiède Sous Un Pont Rouge, qui est toujours celle d'une résistance contre l'absurdité, contre la mort. Ici, elle prend une résonance d'autant plus pesante sur le désespoir qu'elle est ancrée de façon historique et sémiotique (Resnais-ienne pour ainsi dire) dans l'Histoire du Japon. Les autres obsessions majeures de Imamura, l'érotisme et le personnage simple et fort évoluant contre la société en marge des grandes villes y sont aussi concentrées de façon presque centrifuge (le découpage est un des plus limpides de sa carrière, un plan-séquence large adossé à quelques gros plans concrets, mais débouche sur un de ses montages les plus complexe). Le ton d'ensemble est celui d'une farce qui ne craint pas le ridicule (le prologue à bord des bombardiers américains) pour fustiger l'absurdité de la guerre -thème facile mais tout à fait prétexte à une galerie de personnages hauts-en-couleur et une biographie d'un médecin de campagne obsédé par le mal du foie qu'il va tenter d'isoler pour l'éradiquer. Tout en laissant la bride large à sa narration, le film parvient à brasser largement une quinzaine de personnages de front, passant de façon démiurge et (d'apparence) arbitraire d'un intérieur à l'autre. La farce ressort aussi dans les saillies contre l'armée, vu comme une horde de sauvages continuant à pratiquer la torture alors que la guerre est perdue, bouffonne avec le personnage de jeune colonel éjaculateur précoce. Imamura négocie ainsi des scènes quasi-impensables avec un doux surréalisme, où les êtres frétillent dans le cadre avec la frénésie et le chaos de Welles (scène d'attaque des soldats chez Akagi) et des organisations de plans tout en diagonales digne de Siodmak (la scène de la lettre d'annonce de la mort du fils d'Akagi est exemplaire de la pudeur que peut créer cet effet). Le casting parfois improbable (Jacques Gamblin en soldat néerlandais!) fonctionne pourtant bien, même pour les rôles secondaires, parfois mincement esquissés dû au caractère choral et grotesque de l'ensemble. Kumiko Aso donne ainsi un relief dans une candeur et une détermination suicidaire à son rôle de Sonoko, ex-prostituée assistante et amoureuse du docteur. La musique jazz facile est aussi d'une grande intelligence et utilisée avec parcimonie, tantôt pour souligner l'humour, tantôt pour le créer ou renforcer l'angoisse. En cela, le film est une révélation : jamais drame n'aura été tourné de façon si burlesque, jamais récit de vie n'aura été si surréalistement séquencé, jamais l'amertume n'aura transpercé derrière autant d'érotisme (la scène de fin sur le bateau), de folie, de caricatures, de charge pamphlétaire (contre la stupidité, la violence et la corruption des militaires) renforcée et non affaiblie par l'inconstance de sa structure vivante. Il confirme aussi dans ce film qui sublime l'idée très américaine et post-moderne de surgenre qu'il est le meilleur réalisateur japonais de sa génération, bien plus mature que ses pairs (Kitano, Ishii, Oshima).
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